église de Belgrade
Paroisse Saint-Joseph
Belgrade

Fragilités et solidarité

A la lumière de la Passion, de la mort et de la résurrection du Christ.

 

Je me suis rappelée un épisode de mon enfance. 

J’avais six ans. Je marchais avec ma mère lorsque je suis tombée. Une dame, qui se trouvait près de nous, s’est exclamée : « Dieu t’a punie ! ».
Ma mère lui a aussitôt répondu : « Dieu est amour, Il ne punit pas ».
Il y a plus de soixante ans, l’image d’un Dieu omnipotent, juge et punisseur, était largement répandue dans la population. Dieu était perçu comme tout-puissant, intervenant pour récompenser ou châtier.

 

 Dieu est fragile : le buis et la croix

 

Et pourtant… Dieu serait-il fragile, voire impuissant ? Voilà une idée difficile à accepter.

 

«  Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort. » (1 Co 1, 27)

 

Sa puissance ne s’impose pas. Elle ne s’exerce que dans le « oui » libre de l’homme. Il avait besoin du consentement de Marie pour que Jésus naisse. C’est là, paradoxalement, que réside ce qui peut sembler être la fragilité de Dieu. Mais c’est aussi là que se révèle sa véritable toute-puissance : une puissance qui est amour, et qui ne contraint jamais.

 

La Passion, la mort et la résurrection de Jésus-Christ donnent une lumière particulière à ce lien entre fragilité et solidarité. La Passion révèle d’abord une fragilité pleinement assumée. Jésus ne fuit ni la douleur physique, ni l’épreuve intérieure. Il est trahi, condamné injustement, humilié puis crucifié. Sur la croix, il traverse l’abandon et l’extrême souffrance.

 

Mais cette fragilité n’est pas une faiblesse subie malgré lui. 

Elle est l’expression d’un amour librement consenti. En entrant dans la douleur, il se fait proche de toutes nos blessures : il les habite et les partage.

« Dieu n’est pas venu retirer la souffrance, il est venu la remplir de sa présence. » Saint Jean de Dieu

 

Jésus a choisi de se faire l’un de nous jusqu’à la mort dans une extrême faiblesse pour que j’apprenne qu’il n’y a pas d’épreuves et de souffrance, qu’Il ne puisse visiter. Jésus peut comprendre mieux que personne ce que je vis. Il attend que j'ouvre mon cœur pour me consoler, me sauver.

 

Ensuite, la Passion révèle une profonde solidarité. Jésus porte la souffrance des autres et absout même ceux qui le condamnent. Il transforme la violence en pardon et la haine en amour. Cette attitude invite les croyants à vivre une véritable entraide : être attentifs aux plus faibles, soutenir ceux qui souffrent, ne pas laisser quelqu’un seul face à l’épreuve. La fragilité devient alors un appel à la compassion et à l’aide.

 

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. »  Mathieu 25,31-46

Jésus vient à nous dans le pauvre qui nous attend, qui espère une attention, une écoute, un geste de notre part, qui nous met en situation de serviteurs, comme Jésus nous l'a enseigné lors de la dernière scène. 

Le pauvre peut être notre voisin du quartier ; il peut aussi être ce frère ou cette sœur que nous ne connaissons pas et qui habite loin de nous, dans d’autres continents.

La résurrection transforme notre regard. Elle montre que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. Elle ouvre un chemin d'espérance: de la fragilité peut naître une vie nouvelle. Elle donne sens à l’engagement solidaire. Chaque geste d’amour, même discret, participe déjà à cette victoire de la vie sur la mort.

  

Geneviève Scyeur

 

 

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